Évaluer et coter ses risques : la méthode gravité × probabilité

Comment coter les risques de votre DUERP ? Échelles de gravité et de probabilité, calcul de la criticité, exemple en restaurant et erreurs à éviter.

Dans cet article8 parties
  1. Pourquoi coter ses risques ?
  2. Comment fonctionne la méthode gravité × probabilité ?
  3. Un exemple complet : la cuisine d'un restaurant
  4. Les erreurs les plus fréquentes quand on cote ses risques
  5. Faut-il ajouter d'autres critères ?
  6. À retenir
  7. Et avec MaPrev, comment ça marche ?
  8. FAQ

En bref. Coter un risque, c'est lui donner une note pour savoir lequel traiter en premier. La méthode la plus utilisée en TPE/PME : vous notez la gravité de 1 à 4, la probabilité de 1 à 4, et vous multipliez les deux. Vous obtenez une criticité sur 16. Le Code du travail n'impose aucune méthode, mais il vous impose d'évaluer vos risques et de pouvoir expliquer comment vous les avez classés.

Dans notre guide complet du DUERP, on vous a montré deux exemples : le pont élévateur d'un garage et l'écran d'un salarié de bureau. Et on arrivait à un résultat qui surprend toujours : les deux risques avaient exactement la même note, 8 sur 16.

Beaucoup de lecteurs nous ont demandé : « D'accord, mais comment on arrive à ce 8 ? Et moi, comment je fais pour noter mes risques à moi ? » C'est tout l'objet de cet article. On va prendre la méthode depuis le début, avec un cas concret, et je vous montre aussi les erreurs qu'on voit le plus souvent.

Petit rappel avant de commencer : si les mots danger, risque et exposition se mélangent encore un peu dans votre tête, commencez par notre article Danger, risque, exposition : les notions de base expliquées simplement. Ça va vous faire gagner du temps.

Pourquoi coter ses risques ?

Coter ses risques sert à les classer, pour savoir lesquels traiter en premier. C'est aussi simple que ça.

Quand vous faites l'inventaire des risques de votre entreprise, vous allez vite en trouver 20, 30, parfois plus. Vous ne pouvez pas tout traiter en même temps, et c'est normal. La cotation vous donne un ordre de priorité. Et cet ordre, c'est la base de votre plan d'actions de prévention.

C'est aussi ce qui fait la différence entre une simple liste et une vraie évaluation. Le Code du travail vous demande d'évaluer vos risques (article L. 4121-3), pas seulement de les lister. Par contre, il ne vous impose aucune méthode. L'INRS recommande simplement que votre DUERP rappelle la méthode de classement que vous avez choisie (brochure ED 840). Donc ce qui compte, c'est d'en avoir une, de l'appliquer à tous vos risques de la même façon, et de pouvoir l'expliquer.

Comment fonctionne la méthode gravité × probabilité ?

La méthode gravité × probabilité consiste à noter chaque risque sur deux critères, puis à multiplier les deux notes. C'est la combinaison la plus courante : l'INRS l'explique lui-même, le risque se mesure le plus souvent en croisant la gravité et la fréquence (guide INRS ED 6095).

La gravité : que se passe-t-il si ça arrive ?

La gravité, c'est l'ampleur des conséquences pour la personne si le risque se réalise. Voici une échelle simple en 4 niveaux :

Note Gravité Exemples de conséquences
1 Faible Petite blessure ou gêne, sans arrêt de travail (égratignure, inconfort)
2 Moyenne Blessure ou douleur avec un arrêt court, sans séquelles (entorse, coupure qui demande des points, mal de dos passager)
3 Grave Arrêt long, séquelles possibles (fracture, brûlure profonde, troubles musculosquelettiques installés)
4 Très grave Incapacité permanente ou décès (écrasement, chute de hauteur, électrocution)

Une règle à garder en tête : on note la conséquence réaliste la plus grave, pas la pire catastrophe imaginable. Un sol mouillé peut en théorie tuer quelqu'un, mais la conséquence réaliste, c'est une chute avec une entorse ou une fracture.

La probabilité : est-ce que ça risque vraiment d'arriver ?

La probabilité, ce sont les chances que l'événement se produise, et elles dépendent beaucoup de la fréquence à laquelle vos salariés sont exposés. Voici l'échelle :

Note Probabilité Repères
1 Rare Exposition exceptionnelle, quelques fois par an ou moins
2 Possible Exposition occasionnelle, quelques fois par mois
3 Probable Exposition régulière, chaque semaine, ou c'est déjà arrivé chez vous
4 Très probable Exposition quotidienne, ça arrive ou ça finira par arriver

Attention, ici, vous notez la situation réelle, avec les mesures que vous avez déjà en place. Si votre pont élévateur est vérifié régulièrement et que vos mécaniciens sont formés, la probabilité est plus faible que dans un garage où personne ne vérifie rien. C'est pour ça que le garage de notre guide avait une probabilité de 2, et pas de 4.

La criticité : le résultat

La criticité, c'est gravité × probabilité. Elle va de 1 à 16. Et pour savoir quoi en faire, on la range dans des niveaux de priorité :

Criticité Niveau Ce que vous faites
12 à 16 Très élevé À traiter tout de suite, c'est votre priorité absolue
8 à 9 Élevé À planifier dans les prochaines semaines
4 à 6 Moyen À planifier dans l'année
1 à 3 Faible À surveiller, et à garder dans votre DUERP

Reprenons nos deux exemples. Le pont élévateur : gravité 4, probabilité 2, criticité 8, niveau élevé. L'écran au bureau : gravité 2, probabilité 4, criticité 8, niveau élevé aussi. Même note, même niveau. Et à criticité égale, on traite d'abord le plus grave : le pont élévateur passe devant.

Un exemple complet : la cuisine d'un restaurant

Prenons un cas que vous connaissez peut-être : un petit restaurant avec 4 salariés en cuisine. On regarde l'unité de travail « cuisine » et on cote 5 risques.

Risque Situation Gravité Probabilité Criticité Niveau
Chute de plain-pied Sol gras ou mouillé, allers-retours en plein service 3 3 9 Élevé
Coupure Découpe au couteau toute la journée, trancheuse 2 4 8 Élevé
Brûlure Friteuse, plaques, plats sortis du four 3 2 6 Moyen
Mal de dos, TMS Port de caisses à la livraison, plonge, station debout 2 3 6 Moyen
Stress, fatigue Coups de feu, horaires coupés, rythme du service 2 3 6 Moyen

Qu'est-ce que ce tableau nous dit ? Que le risque numéro 1 de cette cuisine n'est pas la friteuse, comme beaucoup le pensent, mais le sol. Et que la coupure arrive juste derrière parce qu'elle est quotidienne. C'est exactement l'intérêt de la cotation : elle met des chiffres sur des choses qu'on ne voit plus, à force de les vivre tous les jours.

Et ensuite ? Pour le sol : un tapis antidérapant aux postes chauds, des chaussures de sécurité antidérapantes, un nettoyage immédiat des projections, un rangement qui libère les passages. On verra comment transformer ça en plan d'actions dans notre article dédié. Tous les autres risques d'une cuisine, on les détaille dans notre guide prévention pour la restauration.

Les erreurs les plus fréquentes quand on cote ses risques

L'erreur la plus fréquente, c'est de coter depuis son bureau, sans aller voir le travail réel. Voici celles qu'on retrouve le plus souvent :

  1. Coter sans vos salariés. Ce sont eux qui font le travail. Ils savent que la trancheuse coince, que l'escalier de la réserve est glissant, que le carton de 25 kg arrive tous les mardis. Associez-les, même 20 minutes. On vous explique comment dans Associer ses salariés à la démarche de prévention.
  2. Tout mettre à 2. Quand on hésite, on met la note du milieu partout. Résultat : tous les risques ont la même criticité et votre cotation ne sert plus à rien. Osez trancher.
  3. Coter la situation idéale. « Normalement, ils portent leurs gants. » Normalement. Notez ce qui se passe vraiment, pas ce qui est écrit dans la procédure.
  4. Oublier les risques qui ne se voient pas. Le stress, la charge de travail, le bruit, les produits chimiques, les trajets en voiture. Ils sont moins spectaculaires qu'une machine, mais ils sont souvent parmi les plus fréquents.
  5. Changer de méthode en cours de route. Si vous notez la cuisine sur 4 et la salle sur 5, vous ne pouvez plus comparer. Une seule échelle pour toute l'entreprise.
  6. Ne jamais recoter. Une fois une mesure en place, la probabilité baisse. Recotez le risque : c'est comme ça que vous voyez vos progrès, et c'est ce que vous montrerez en cas de contrôle.

Faut-il ajouter d'autres critères ?

Vous pouvez ajouter d'autres critères, comme le nombre de salariés exposés ou le niveau de maîtrise, mais pour une TPE, gravité × probabilité suffit largement. Certaines méthodes utilisées dans les grandes entreprises ajoutent un troisième facteur. Elles sont plus fines, mais aussi plus lourdes à remplir. Mon conseil : commencez simple. Une méthode simple appliquée sérieusement vaut mieux qu'une méthode compliquée que vous abandonnez au troisième risque.

À retenir

  • Coter ses risques sert à les classer, pour savoir lesquels traiter en premier.
  • Le Code du travail n'impose aucune méthode, mais vous devez en avoir une, l'appliquer à tous vos risques et pouvoir l'expliquer.
  • La méthode la plus courante : gravité (1 à 4) × probabilité (1 à 4) = criticité sur 16. À criticité égale, on traite d'abord le risque le plus grave.
  • Notez la situation réelle, avec les mesures déjà en place, et la conséquence réaliste la plus grave, pas la pire catastrophe imaginable.
  • Cotez avec vos salariés, gardez une seule échelle pour toute l'entreprise, et recotez chaque risque après une action.

Et avec MaPrev, comment ça marche ?

Avec MaPrev, vous ne partez pas d'une feuille blanche : pour chaque risque de votre métier, vous répondez à quelques questions par oui, partiellement ou non, et l'outil calcule une première estimation de la cotation. Vous gardez la main : si vous pensez que la note ne correspond pas à votre réalité, vous la modifiez. Parce que c'est vous qui connaissez votre entreprise, et c'est vous qui signez votre DUERP.

Les risques proposés viennent d'un référentiel que nous avons construit à partir de sources, pour la plupart officielles, sans IA générative, et chaque questionnaire métier a été testé par des professionnels du terrain pour vérifier qu'il identifie les bons risques. Et une fois vos risques cotés, MaPrev vous propose des mesures de prévention pour chacun, en commençant par les plus critiques. Vous repartez avec votre DUERP, votre plan d'actions et un kit prévention complet, pour 199 € HT. Vous pouvez commencer gratuitement : vous ne payez que si le résultat vous convient.

FAQ : coter ses risques

La méthode gravité × probabilité est-elle obligatoire ?

Non. Le Code du travail vous oblige à évaluer vos risques, pas à utiliser une méthode précise. Mais c'est la plus répandue et la plus simple à expliquer, ce qui compte si l'inspection du travail vous demande comment vous avez classé vos risques.

Vaut-il mieux une échelle sur 3, sur 4 ou sur 5 ?

Une échelle paire, sur 4, a un gros avantage : elle vous empêche de vous réfugier dans la note du milieu. Mais ce qui compte vraiment, c'est d'utiliser la même échelle pour tous vos risques.

Faut-il coter les risques psychosociaux ?

Oui. Le stress, la surcharge de travail, les tensions avec la clientèle font partie des risques à évaluer comme les autres. Ils sont simplement plus difficiles à observer, d'où l'importance d'en parler avec vos salariés.

Que faire d'un risque coté 16 ?

Le traiter immédiatement. Une criticité de 16, c'est un risque très grave qui a de fortes chances d'arriver. Et si vous ne pouvez pas le supprimer tout de suite, mettez en place une mesure provisoire en attendant.

À quelle fréquence faut-il recoter ?

À chaque mise à jour de votre DUERP : au moins une fois par an à partir de 11 salariés, et à chaque changement important dans tous les cas. Les règles de mise à jour sont détaillées dans DUERP obligatoire : quelles entreprises sont concernées ?.

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À propos de l'auteurJérémy Heber, cofondateur de MaPrev

Passé par des TPE/PME et par un grand groupe de santé français, Jérémy connaît la prévention côté terrain comme côté expertise. Pour lui, MaPrev, c'est ce double regard mis au service des dirigeants qui ne savent pas par où commencer.

Jérémy sur LinkedIn(nouvel onglet)
Relu parManon Besnard, cofondatrice de MaPrev

C'est en gérant des sites industriels de l'aéronautique, où la sécurité ne tolère aucune approximation, que Manon a acquis sa rigueur réglementaire.

Manon sur LinkedIn(nouvel onglet)

Sources

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